“ONE MORE NIGHT…” 3 mots pour aborder cette fille

Osaka David-Minh TRA - Japon qui es-tu
Osaka David-Minh TRA - Japon qui es-tu

Après avoir filmé plusieurs villes au Japon, j’ai voulu fixer mon nouveau QG dans un hôtel à Osaka pour visiter les villes autour. Comme j’aime vivre en fonction de mon instinct, j’avais réservé juste 2 nuits et je rajoutais au fur et à mesure une nuit de plus si je trouvais encore des choses à explorer.

Lors de ma première matinée, j’avais repéré à l’accueil de mon nouvel hôtel, une réceptionniste japonaise avec une attitude si gracieuse, si “Kawaï” (et accessoirement jolie). Je la voyais si polie, si dévouée, même devant des hommes d’affaire froids, qu’ils soient japonais ou étrangers. Pour me rendre compte de la difficulté de son métier, je m’étais assis sur un canapé dans le hall de l’hôtel juste pour observer son job, ses relations avec ses collègues. C’était si glacial… pas un bruit, aucune chaleur. Tout le bien-être de l’hôtel venait de son sourire. Vous allez me dire “C’est son job, elle donne et elle n’a pas à recevoir en retour”. Sauf que je ne le voyais pas de cette manière… Je trouvais que son quotidien manquait cruellement d’humanité. Répondre aux touristes qui râlent, subir le stress des businessmen. Je me demandais même si quelqu’un dans l’hôtel se souciait d’elle.

Au bout de la 2ème nuit, je rentre à l’hôtel, je décide de rester encore une nuit de plus. Je vais la voir à la réception et en lui esquissant un large sourire, je lui dis : “Please, could you give me one more night ?”. Elle avait un regard si pur, des yeux qui brillaient mais un sourire crispé. Sa réaction était un peu paniquée car l’anglais n’était pas son fort. Elle finit par comprendre et me confirme ma réservation.

Le lendemain soir je rentre tard, je l’appelle de ma chambre pour lui dire : “Could you please… give me one more night ?”. Je sentais qu’elle voulait très bien faire son travail et je ressentais toujours une panique au fond d’elle. Je le sentais…

Le surlendemain, je me promène toute la journée puis le soir arrive, je devais décider si j’allais rester. Ma décision est prise : je reste encore une nuit de plus. Cette fois, j’avais envie de la faire rire, je voulais qu’elle se souvienne d’un client drôle. J’étais inspiré. Je monte dans ma chambre, habité par une douce folie, j’en ris encore quand j’y repense, je suis allé chercher la version instrumentale sur internet d’un Tube de Phil Collins : “ONE MORE NIGHT“.

Excité par l’idée, je m’entraîne à la chanter correctement en espérant que les voisins ne m’entendent pas car il était minuit quarante. À 1h du matin, je prend le téléphone pour l’appeler. Au moment où elle décroche, elle me salue et me demande ce que je souhaite. Avec une voix taquine, pour casser ce protocole professionnel, je lui dis :

“à votre avis, qu’est-ce que je veux ?”

Elle rit et me dit :

“Je ne sais pas. Je suis là pour vous aider.”

J’ai balancé le musique de Phill Collins et j’ai commencé à entonner ces belles paroles :

I JUST WANT… ONE MORE NIGHT… ONE MOOORE NIGHT
(S’il te plaît, accorde-moi une nuit de plus)

I’ve been trying ooh so long to let you know
(J’ai essayé depuis si longtemps de te faire savoir)

Let you know how I feel
(Te faire savoir comment je me sentais)

PLEASE GIVE ME ONE MORE NIGHT !!

ONE MOOOORE NIGHT !!!

(Je t’en prie accorde-moi une nuit de plus,)

(une nuit de plus)

Elle était éclaté de rire à l’autre bout du fil. Forcément, comme la “glace professionnelle” venait d’être pétée en éclats, j’avais envie de venir lui parler. Je descends et comme il y a peu de clients à une heure si tardive, on est restés ensemble à discuter de tout et de rien jusqu’au matin. Encore aujourd’hui, on se souvient de ce moment. Très simple. Mais qui part d’une envie d’humanité. Ce que je ressentais s’est vérifié. Derrière son sourire se cachait une certaine solitude dans un job éreintant. J’ai passé la majeure partie du temps à écouter son histoire et surtout de comprendre le Japon à travers sa vie à elle, son propre récit personnel, son travail à l’hôtel, sa vie familiale et ses rêves. Je voulais savoir comment elle ressentait les choses et comment moi, étranger, je pouvais lui donner aussi une façon différente de voir les choses. Il est très rare que les japonais osent parler de choses intimes ou délicates comme la politique, les différences culturelles ou la famille. Car ce peuple japonais aime éviter les conflits et si j’étais resté à des conversations de surface, je n’aurais jamais pu recevoir le point de vue critique d’une japonaise sur son pays. Je ne porte aucun jugement sur leur culture, je voulais surtout comprendre le “pourquoi” de certains comportements au Japon, les coutumes familiales, le respect des aînés et plein de choses qui m’intriguent au Japon.

J’avais envie de vous partager ce souvenir. Je voyage seul et j’ai donc le temps de me concentrer sur moi, sur mes envies profondes, vivre comme je l’entends, de façon spontanée. Aborder les gens à l’instinct, sans barrières, c’est tellement libérateur. Ce n’est qu’une fois rentré chez moi en France et après avoir repris une vie “normale” que je réalise à quel point nous sommes tous “formatés” par des codes sociaux : ne pas oser aborder une fille, un garçon, de peur d’être rejeté, d’être ridicule, la crainte de ne pas se comporter comme la norme. Dans une ville comme Paris où hélas, je vais dire ma perception qui fâche, les gens se méfient beaucoup, on passe à côté de ce qui devrait nous unir : une simple amitié, une attention, voire de l’Amour.

J’ai découvert ma façon à moi de sortir de cette pression sociale : voyager seul et faire une remise à zéro de tous mes principes de vie. Cela peut effrayer de voyager seul… mais c’est tellement libérateur.

Bonne nuit,

David-Minh TRA

 

 

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